Droits de l’homme

Pourquoi les droits de l’homme sont-ils menacés en psychiatrie?

La médecine entre dans le troisième millénaire, vacillante dans ses valeurs, perturbée économiquement et portée par des acteurs toujours plus divisés. Comme dans les familles en crise, ce sont les plus vulnérables qui souffriront. L’histoire l’a d’ailleurs souvent montré, les malades psychiques risquent de perdre des droits fondamentaux, à peine acquis, d’accès aux soins et d’intégration sociale, de subir de nouvelles formes d’enfermement, d’exclusion, d’aliénation. Les valeurs en péril sont celles d’une médecine qui a commencé dans les temples d’Esculape et qui se retrouve aujourd’hui cotée en bourse à Wall Street.

Au fil des siècles, parallèlement au développement de son savoir et de son savoir-faire, le médecin s’était forgé un savoir-être, pétri des valeurs humanistes que sont la responsabilité personnelle, la compassion, le respect de la sphère privée, l’observation fidèle des règles de l’art, l’autonomie, la non discrimination.

Depuis l’entrée en force des principes économiques dans la gestion du domaine de la santé, comme sur un marché ordinaire, ces références sont en voie d’être balayées par d’autres critères dans de nombreuses régions du monde. Des intervenants sans visage s’immiscent dans le colloque singulier institué par Hippocrate. La masse critique prime sur l’individu, le contrôle prévaut sur la confidentialité, le pragmatisme écrase l’empathie, l’exclusion règne ou s’infiltre, le facteur coût, étranger à la maladie, devient déterminant dans la décision et la mise en œuvre du processus de soins.
Une initiative à l’échelle internationale, visant à préserver dans la durée les idéaux de la psychiatrie, paraît plus nécessaire que jamais. Il s’agit de protéger les valeurs qui s’attachent, par-delà les normes scientifiques -et aujourd’hui économiques-, à restituer au sujet souffrant mentalement sa liberté de vivre, de travailler, d’aimer et de s’insérer dans une société ouverte.